Saint-Lô, jeudi, 7h20

Un peu à la bourre comme tous les matins, j’ai avalé mon café, mangé un morceau, regardé mes mails et les commentaires du site, merde, rien. Je fourre les photocopies et le pc dans mon sac à dos, attrape mes clés et dévale l’escalier, le bac de linge sale sous le bras. Salut Daniel, ça va? grosse journée, ok, bon je file je suis pressé. A ce soir.

Le ciel est clair et le fond de l’air frais, j’enfourche mon vélo et dévale la rue de la poterne. Brèves connivences plus ou moins marquées, en passant, avec les matinaux de la préfecture, les endormis des transports en commun, les lycéens en dilettante, et petite halte au feu. Ah oui, s’arrêter de chantonner. Passage du pont sur la Vire après les effluves de la station d’essences de supermarché. La vallée est comme ouatée, quelques bancs de brume semblent venir de la mer ou sortir de la rivière, comme si l’eau avait des envies de vacances, de lumière, de légèreté. Vague sensation d’être dans les vers d’Hugo, à l’heure où blanchit la campagne, etc.

L’air froid brûle les poumons et après avoir descendu de mon rocher pour côtoyer le fleuve, il me faut remonter. Les muscles se tendent et peinent à se réchauffer. Reste à subir quelques gaz d’échappement et doublements à la hussarde, et me voici dans la cour du collège, un peu hébété par l’effort. Je fonce vers l’oratoire, déjà ouvert et allumé, sors la guitare, allume les bougies, ouvre mon sac, et dès que deux ou trois sont arrivés, on commence à chanter. Les Laudes, tout simplement, un chant respiratoire, alterné, cadencé, des textes insondables à force de profondeur pour les esprits en réveil, une prière sobre comme une source de montagne, comme le premier rayon de soleil du matin. Ni compris ni prévu, il surgit et illumine, éblouit, rassénère. ça y est, ma journée est orientée.

Qu’il peut être doux et simple de prier.

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