les cancres de l’Église

toi le mauvais élève,
sur qui on sait crier, et qui récrimine,
toi qui détaches ton attention plus souvent que ton cartable,
toi qui te protèges derrière les rangs des consciences assidues,
toi qui t’appliques à fermer tes oreilles au flot continu des connaissances qui ne te concernent pas,
toi qui laisses vaquer ton imagination à défaut de ta plume, au gré des ruisselets des ondées sur les carreaux, tes amis,

dans les églises, tu trouveras un ami, un frère, dans le paroissien de l’ombre
qui se cache toujours derrière le huitième pilier,
dit merci, distrait, à la communion,
décline toute proposition de lecture,
s’amuse des enfants qui sont assez bien dans l’église pour y rire,
sourit quand le prêtre s’emberlificote, ou ose un propos décalé,
et regarde l’autel de loin, derrière les rangs des gens qu’il considère comme « bien ».

je t’ai rejoint, hier, à l’ordination de Jean et René,
j’étais assis derrière, je ne voyais pas bien,
j’avais oublié mon étole rouge, nous étions deux « décalés » en blanc, deux anciens aumôniers;
toujours un peu dedans, toujours un peu distant,
les propos me parvenaient avec leur force et leurs frottements,
« est-on si détachés? », « les couples sont ils en danger? », « Jean s’occupera des petits? », « quelle lettre du Christ serais-je, le H? », et toutes ces petites pensées que la distance permet, que la distance suscite, toutes ces petites pensées qu’il n’est pas bien de laisser advenir mais qui titillent le quidam au défaut de ses attentions.
Alors j’ai prié, de loin, fortement et autrement, j’ai souri parfois, de joie ou d’amusement,
j’ai rejoint le rang de ceux qui souvent restent loin, car la lumière les effraie, car la chaleur les inquiète, car à distance on peut se protéger.

Jérôme m’avait appris, et j’en suis persuadé, que ce sont ces lointains qu’il faut le plus aimer. Alors si un jour tu veux t’approcher, pour être de la fête, pour toucher la chaleur de la communauté, ta place est réservée, un banc plus près, à chaque fois; mais si d’ici là, tu veux rester derrière, dans la pénombre de ton pilier, ou derrière ta table gravée avec application au compas, sache que même de loin, tu es là, tu es respecté, tu es … aimé.

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