endigué

Joseph Pellerin, un ancien curé de Cherbourg et responsable du service des vocations, avait une habitude inhabituelle pour l’accompagnement des jeunes, il écoutait en marchant… Et quand on le voyait passer et repasser encore, le pas allant, un jeune calé sur son rythme assez lent, on appelait ça, en l’attendant, le « tour du pâté de maisons ». Suivant la nécessité, il enchaînait plusieurs circonvolutions, car la parole prend souvent son temps… Il est vrai que le face à face, regard perçant ou même détourné est parfois une épreuve qui retient les mots, ne les laisse pas se déployer.

Les longs voyages en voiture, le regard perdu quelque part en deça de l’horizon, l’attention retenue par les bornes qui défilent, sont aussi un temps de parole privilégié, car le regard perçant ne peut se faire qu’écoute, et on craint moins l’acuité de l’oreille que celle de l’oeil! Mais après tout, deux bons fauteuils peuvent aussi faire l’affaire à quiconque reconnaît dans le visage en regard celui d’un priant, d’un accompagnateur, d’un frère aîné, d’un père…

Après la messe matinale, une réunion pour préparer le Noël des enfants, quelques menus déménagements pour les travaux commençants, un repas de lycéens gentiment mouvementé, une préparation confirmation beaucoup plus sportive (ces 25 3e me prouvent que même dans le repos du midi, l’énergie n’est pas ce qui leur manque) et une autre réunion pour le Noël des plus grands, mon emploi du temps a été chamboulé. D’abord un frère prêtre qui passait non loin a posé son sac quelques instants dans le salon pour échanger simplement, relire et relier nos histoires bousculées, partager l’expérience d’avancer au creux de nos attentes…

Un peu plus tard, au hasard d’un coup de fil, il faut se mettre en mouvement, pour rejoindre le chemin d’un jeune chamboulé, le rejoindre à grands pas au milieu du vent, et il n’est plus question de s’asseoir, on ira vers la digue, là où soufflent les grains, on marchera beaucoup, comme Joseph Pellerin, car celui qui écoute, et celui, l’écouté, ont de nombreux pas à faire pour pouvoir s’entendre. Ils déposeront quelques paroles, certaines qui s’enfuiront dans la brise, d’autres qui marqueront plus profond. Nul ne sait…

Au retour de cette marche, c’est une famille amie qui ouvre ses portes pour un simple repas partagé. Je ne maîtrise définitivement pas mes journées. On ne sait jamais où l’on sera attendu…

Publicités

Les commentaires sont fermés.

WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :