la course aveugle

Plus d’une semaine après, les radios, télés, blogs et journaux frémissent encore des soubresauts qui ont agité l’Eglise. Certains ressassent, s’obstinent, militent, ou poussent la caricature, d’autres essaient de s’extraire de la violence du débat pour en saisir les enjeux, le substrat caché, tel un koz qui tel le ressac finit par polir le propos, exhalant de nouvelles irisations. Pas inintéressantes d’ailleurs. Mais inaudibles pour quiconque ne cherche pas à comprendre, se satisfaisant de ce que « produit » la petite phrase.

Voyager en groupe en Turquie m’a inhibé l’appareil photo. A la première halte, le groupe, « guidé par le guide » a dégainé l’appareil photo pour, comme un seul homme, mitrailler les orangers, les minarets, les portes antiques, les sculptures truc. On arrivait tellement vite sur un lieu, en masse, qu’il n’y avait pas d’espace, pas de temps pour se laisser toucher, trouver ce qui émerge, l’angle qui rendra l’ambiance, plutôt que le cliché « carte postale » mais raté. Finalement, on ne voit rien. Le groupe est dans des rails qui conditionnent son rapport au monde, dans un temps qui ne se laisse pas prendre. Et la photo n’est plus sensible, mais violente, brutale, sans fond… sauf peut être dans le portrait de ceux avec qui on cheminait.

Il y avait pourtant des traces d’humanité, des questions que la vitesse laissait en suspens, des mystères qui suggéraient une vie, un quotidien, Turc, ou autre. Ces architectures différentes selon les régions, ces fronts barrés de sourcils plus ou moins curieux, ou avides, ces steppes inhabitées d’où sourdait pourtant une présence humaine, mais cachée, cette violence de la nature, cet islam que nous avons ignoré, ces communautés chrétiennes sans prêtre, ce christianisme exubérant qui a disparu, cette vie en bord de rue, sans femmes, cette vie derrière le bord de rue, invisible, cette ultra présence de l’armée… Des questions auxquelles le guide savait répondre, atténuant d’une explication l’attrait du mystère.

J’ai l’impression que l’actualité elle aussi me mène en voyage organisé , à fond de train, de passage obligé en monument à voir, anesthésiant tout regard réel pour réduire au cliché. « ici descendez pour la photo », vous devez penser ça, ou résistez… mais l’explication annule la profondeur. Je ne serai prêt à parler « de l’âme des africains » que quand elle restera signe pour moi du mystère qui appelle.

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