dans la huitième merveille du monde

Elle regarde ailleurs.

il parle, il lui parle,
elle regarde ailleurs.

elle a tenté un papotage susurré indétectable avec ses voisines, ça a pris, mais pas longtemps. Elle jette un oeil vers les comiques de service, les agitateurs qui se jouent si bien des adultes, mais ils semblent captivés, ils ne sont pas drôles, enfin ne le sont plus. Elle regarde de l’autre côté vers les inattentifs systématiques, ceux qui n’écoutent jamais, mais là encore, ils sont changés. Le pire, c’est derrière elle, ils sont nombreux, assis par terre, et elle est incapable d’entendre le bruissement habituel des inintéressés.

il parle encore. A tous, à elle.
D’un art consommé, elle continue à poser son regard sur tout sauf sur lui, les lumières chaudes sur les piliers qui jurent avec le froid qui transperce de la pierre, la pénombre au dehors et dedans dans cette vieille abbatiale après cette marche ensoleillée, sans pluie, malgré les prévisions, cette musique intrigante après le sifflement du vent, ces chants envoûtants, ces questions qui se trouvent réactivées mais dont elle ne veut pas de réponses. Il peut parler, tiens!

Tiens, d’ailleurs, il s’est tu. Enfin. c’est chiant d’être au premier rang, assise en tailleur sur la moquette comme ça. Ils sont une douzaine en blanc maintenant devant. A genoux, devant l’ostensoir. Elle l’avait senti venir, ça ressemble en gros à ces trucs pénibles qu’elle a anticipés. Baisser les yeux, les relever, ils ont disparu. Tout le monde bouge. vite, moi aussi.

Déjà il avait fallu crapahuter 7 kilomètres sur la grève désertée par les flots hivernaux. Il n’avait pas plu, certes, mais qu’est-ce que ça caillait. Surtout dans les rivières au sol incertain. Pieds nus à cette saison, des ballons colorés, des textes proposés… enfin, avec les copines, ça l’a fait. En discrète résistance. Puis faire semblant de ne pas écouter ce type qui a changé de vie… pas à la manière des curés, mais comme un junkie qui se remet à vivre. M’en fous, j’en suis pas.

Ils avaient lu aussi un texte de la Bible. Après le pique nique. Ils ne l’avaient pas seulement lu, mais fait résonner avec nos questions les plus décapantes, suivant dans la nuit le rayon de lumière d’une ‘poursuite’ éclairant l’architecture du Mont, éclairant des “jeunes normaux” posés en point d’interrogation pour chacun. L’idée des bougies sur chacune des marches des grands degrés qui mènent à l’abbatiale, ça a de la gueule, c’est vrai. Avec ces interpellations qui rebondissent sur les murs, lancées par des jeunes qu’on ne voyait pas. faudrait que je réutilise ça pour une soirée…

Et me voilà en haut du Mont Saint Michel. Y en a un qui revient avec une Bible à la main qu’on lui a filée dans le cloître, l’autre une enluminure qu’il a faite dans le réfectoire, et lui, à côté… Pourquoi est-il si étrangement calme, sérieux, avec quelque chose de profond dans les yeux. Il est allé voir un des prêtres dans le choeur, il est changé. D’habitude il est drôle et léger.

Merde, c’est pas si simple de ne pas me laisser embobiner, de ne pas me laisser toucher comme les autres, de garder mon savant détachement de leur foi qui ne me dit rien, dont je veux qu’elle ne me dise rien. Je suis intrigante quand je défie ce monde des adultes, de mes vieux, avec leur religion poussiéreuse.
je suis intrigante et populaire d’habitude…
pas ce soir. Mince.

Entre ce week-end confirmation, nos sketches drôles, ces temps de prière de nuit, à la bougie, et cette messe qui commence maintenant, vibrante comme un Si bémol de violoncelle. J’ai réussi à être la seule à ne pas entrer dedans.

J’espère juste que je ne suis pas passé à côté de quelque chose d’important. Ils viennent même pas me reprendre de ne pas y être. Si la résistance n’entraîne même plus les piques inutiles des adultes…

Pfff. J’vais être crevée

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