De vieux cœurs à nu

Il y a eu des temps où on a salement tâtonné en liturgie dans l’Eglise catholique. Certains par idéologie, beaucoup par volonté de mieux/bien faire. Tout était un peu à écrire, et les communautés elles-mêmes se cherchaient. Certains usages qui étaient possibles ne pouvaient plus se vivre de la même manière, ou au prix d’une dégradation notable de la qualité. En recherche d’un mieux, des pistes ont été ouvertes. Parmi celles-ci, dans nos diocèses, il y avait eu la généralisation d’un usage permis en cas de nécessité : l’absolution collective. Il faut dire que les files d’attentes dans les bourgs ruraux aux alentours des Pâques étaient généralement longues, et contraintes fortement pour une part si on en jugeait au taux d’alcoolémie nécessaire à l’aveu. Ces confessions pendant des heures à la suite sur des schémas mécaniques (péché de la chair, 8e commandement, pensées impures…) tournaient au calvaire. Alors ces prêtres ont essayé autre chose, pour initier au sens du pardon, de la relecture à la lumière de la parole de Dieu… et en cela ont drainé des foules incroyables.

Aujourd’hui, les évêques, conscients de l’importance de ce sacrement dans la vie spirituelle désavouent pour beaucoup cette pratique, tant elle pouvait être vécue comme un pis aller peu impliquant. J’y vois pourtant deux fruits : l’un avec des épines, les chrétiens ont perdu l’habitude de rencontrer un prêtre pour vivre le sacrement du pardon ; un fruit doux, la dimension communautaire de la démarche sacramentelle et la profondeur y ont beaucoup gagné.

Héritage important de ces usages, nos paroisses continuent de proposer des célébrations pénitentielles communautaires, avec proposition d’absolution individuelle à la fin, et c’était à mon tour de m’y coller. La célébration était dépouillée à l’excès.  Pas d’orgue, de chichi, un prêtre en aube et étole violette dans le chœur, à deux pas d’une croix nue, dressée. Au programme ce soir, deux chants, simples, une méditation sur les Béatitudes, longue et entrecoupée de silences et de refrains… et pour manifester le désir de pénitence et de conversion, une démarche, dans un silence total. Un dépouillement qui aurait fait passer un vendredi saint pour une messe de jeunes!

L’assemblée était âgée, globalement, des Marcel et Simone, des chrétiens lambda, plutôt féminins, aux cheveux plutôt très blancs, des chrétiens de longue date, de la fidélité pense-t-on souvent, ceux qui ont déjà pas mal donné, et qu’on laisse de plus en plus en paix.

Pour déposer devant le Christ le poids du fardeau des péchés, j’ai invité chacun à s’avancer et à s’incliner devant la croix. Ils avaient écouté tout aussi benoîtement que d’habitude, et la procession allait être du même acabit. Sobre, respectueuse, efficace.

Sauf que pas du tout. Ils étaient une cinquantaine, ce soir, et chacun s’est arrêté longuement devant la croix, intimement, profondément. Pas le moindre automatisme dans les mouvements, pas le moindre signe de croix réflexe, que des gestes lents et posés. La liturgie avait été dépouillée, la démarche était à cœur nu, donné, maigre, tremblant d’attente. Pas un son, pas un qui va plus vite que l’autre. Des témoignages de vérité au pied de la Croix.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient auraient pu être des milliers, nus maigres et tremblants… et le cœur à nu devant Dieu, ils ont témoigné sans le dire que la Croix était le Salut de leur vie. Et qu’ils y allaient ensemble ! Ce qui eût été attendu de quelques jeunes croyants enthousiastes (pour ne pas dire chachas), nous a été donné par une assemblée des plus moutonnantes.

C’était beau à en pleurer.

Et même s’il n’y en a eu que quatre ou cinq à demander le sacrement juste après, le mouvement était donné!

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