l’éclat fugitif de la beauté

Je me souviens de la première photo que j’ai encadrée. Une tulipe, rouge, en macro. Les feuilles de l’arrière plan s’étaient étoilées dans le flou en octogones réguliers. Composition gentille. Ce n’était que de la technique. Mais avec un réflex tout manuel, Ricoh, et sans prévisualisation, j’en avais été fier. Et je l’avais offerte.

Je ne me souviens pas de tous les autres clichés, des centaines sans doute, plus peut-être. Je ne saurais même pas dire où ils sont maintenant. Sauf déjà quelques portraits, de famille, pour les fêtes. Plan serré, une attention à restituer, à rendre la beauté. Classique.

Je me souviens qu’à Bali je ne faisais pas de bonnes photos. Rien de probant pendant la première année. Et puis Jérôme Fay est revenu, et m’a dévoilé qu’on pouvait dévoiler, qu’on pouvait extraire, d’un regard, d’une ombre une beauté plus intérieure. Alors j’ai haï les poses, les sourires composés, pour saisir cette beauté, en noir et blanc, dans le fugitif des regards.

Peu à peu, de plus en plus d’audace pour ne pas faire les photos attendues, convenues pour décaler l’objectif insolemment vers le bas, le haut, et même dans un paysage, ou une Eglise, dire une ambiance, révéler une transparence.

Et puis le numérique est venu. A l’arrière de l’appareil, un aperçu, aussitôt, de ce qu’on a essayé de faire. ça ne dit pas si la photo est bonne, ça dit si elle est ratée. ça donne aussi envie de prendre plus de clichés, (puisque ça ne coûte rien) pour ne rien laisser passer. La technique gagne en immédiateté, en précision aussi, le regard en agilité. C’est même parfois un peu grisant de réaliser qu’on regarde le monde en 24×36 noir et blanc, et se dit de temps en temps “tscheclec” dans la tête!

C’est dingue cette capacité à choper la lumière parfois, à poser des regards sur les instants où une beauté se laisse voir. Ce n’est qu’un coup de pouce d’index qui l’arrête. C’est parfois flou, c’est parfois rien, et le soir, quand les photos apparaissent en grand sur l’écran comme avant quand on dépouillait la pochette chez le photographe, je souris, heureusement surpris. Quand je prends le temps de les “revoir”, de les “relire”, une beauté parfois cachée vient s’y discerner. La photo est réussie. En deça de la pose, une profondeur est passée. Il faut le temps du développement pour le voir, il faut l’exercice du regard pour apprendre à le saisir, il faut laisser “reposer” pour pouvoir s’en souvenir. Mais dans le quotidien, le photographe peut attraper quelque chose de la fugacité de la beauté pour qu’elle se révèle à la relecture. Et mieux encore, il peut partager cette beauté.

le croyant, lui aussi, peut, avec le temps, se laisser impressionner et apercevoir, surtout en relisant, la beauté de Dieu qui passe dans les ombres du monde.

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