Comment il va ?

J’avais remarqué, il y a déjà longtemps, qu’on abusait à mon encontre d’une forme de politesse quelque peu  désagréable ou surannée. Elle consistait à me parler à la 3e personne du singulier.

– Alors, comment il va ce matin?
auquel j’avais fini par répondre d’énigmatiques:
– il va bien, il la remercie.

Il y avait quelque chose de napoléonien, ou de delonnesque dans ces échanges. Ce n’est que plus tard que j’ai compris. Ce n’était pas un ruralisme provincial comme on pourrait le croire de prime abord ;), ou une prétention hors du commun mais… Dans les équipes où tout le monde se connaît et s’apprécie, on arrive assez vite à savoir se tutoyer, même entre  âges fort différents. Mais, comme jeune prêtre,  j’arrivais juste après mon ordination dans cette paroisse préfectorale. Il m’était vraiment difficile de dire à une personne parfois de 3 fois mon aînée un « tu » simple et franc, même si de tout cœur, il me le demandait. Je me contentais donc d’un « vous » amical. Oui mais… quand les aînés en question tutoient tous les prêtres de la paroisse pour avoir si longtemps collaboré avec eux, on ne se sent pas de vouvoyer le petit jeune d’à peine trente ans et qui en paraît moins. Dans ces cas là, une seule solution, l’iloiement!

Une variante existait dans mes années de coopération. Séminariste en Indonésie, j’avais droit aux égards que l’on réservait aux prêtres. Toujours un titre et jamais de prénom (mais c’était le cas pour tout le monde), une révérence toute singulière et une place de choix, un piédestal en la moindre occasion chez les chrétiens. (Ils comprenaient d’ailleurs mal que j’aille perdre tant de temps avec mes amis hindous chez qui mon statut n’était pas reconnu et ma place inférieure. Comme en plus je ne cherchais pas spécialement à les convertir, mais simplement un échange où tous  s’enrichissaient, c’était incompréhensible). Ces honneurs quasi sacerdotaux, cette place de choix me valaient la politesse des premiers rangs dans toutes les fêtes où l’on se plaisait à nous inviter, et les égards de s’inquiéter de ma messe du lendemain, dès que l’on voulait faire la fête … m’invitant à un repos salvateur, histoire qu’on puisse s’amuser entre amis. Le respect était alors un beau mot… qui permettait d’honorer le clergé comme il se doit, et d’enfermer sa parole sur le piédestal où il était confiné. On vous piédestalise, mais vous ne dites que ce qu’on attend de vous. (c’est marrant, j’en serais presque prêt à croire que ça existe encore dans l’image idéale que certains se font des saints prêtres. On vous respecte et on vous adule tellement qu’on ne vous permettra pas de venir dialoguer à notre pauvre hauteur…)

Je découvre depuis peu un autre mode de relation qui me laisse quelque peu circonspect. Je reçois tout un tas de mails de personnes que je n’ai encore jamais rencontrées, avec qui je n’ai jamais échangé, même par mail, qui n’ont même jamais lu le blog, ou tout autre moyen de me connaître,  et qui me sont à tu et à toi… Passe encore. ça peut être un choix de communication, de ce genre d’une chouette violence qu’on retrouve dans certaines entreprises…  Mais que ce mail en « tu » soit adressé à des « destinataires inconnus », ça me laisse pantois. Désolé, Louis, votre mail, je vais le classer!

Soit dit en passant, certains vouvoiements sont tout aussi bizarres. comme quoi, la bienséance, c’est une affaire de justesse dans la rencontre! Finalement, tout cela ne me dérange guère, je laisse à chacun le soin de choisir la distance qui permettra de bien se rencontrer.

PS: rendez service à vos prêtres, aimez-les pour ce qu’ils sont, pas pour le piédestal où vous voulez les circonscrire, ou l’indifférenciation à laquelle vous voudriez les restreindre. Rencontrez-les dans leur richesse : c’est leur humanité complexe qu’ils ont donnée au Christ, au monde et à l’Eglise, pas leur angélisme désincarné!

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