l’appel que peu entendirent

Les mois de juin ne laissent pas les prêtres indifférents. On boucle à tout va, on professionne de foi, confirmationne, première communionne, marie, baptise, inhume… On bilantise, réunionnise, dit “au-revoir”, “bonne route”, “bonnes vacances”, “à bientôt”… on bouscule nos agendas, bouleverse les habitudes ; plus de groupes de KT, d’établissements, du vide dans les aumôneries, mais les semaines se parsèment de bouts de camps d’été… Bref, c’est la fin des temps.

Au mois de juin, les évêques vident aussi leurs séminaires à coups d’ordinations à tout va, ou au moins autant que faire se peut… et parfois c’est peu. Les dimanches après-midi se passent donc dans les cathédrales, en cohortes d’aînés accueillant un ou plusieurs nouveaux frères, homélies à rallonge, liturgies ciselées, émotions saisissantes. Voir d’autres s’allonger dans la même cathédrale, dire une première fois des mots qui nous habitent chaque jour, ce n’est pas rien, pour chacun ; prendre dans ses bras le nouveau frère, après lui avoir imposé les mains, ça vous retourne dans vos quotidiens… et dans la pertinence de votre propre appel. La vie des prêtres n’est pas habituellement tournée vers leurs propres questions pour qu’ils aient l’opportunité, ou la disponibilité d’interroger leur être-là. Les vies de ceux qu’ils rencontrent les habitent bien plus sûrement. Mais en ces jours de juin, quand de nouveaux frères s’engagent, et qu’on relit sans hâte bruissent à nouveau les chuchotements de l’appel.

Un appel discret, somme toute, cherché pendant des semaines, des mois, des années. Un appel dont on aurait parfois préféré qu’il fut plus clair, plus grandiloquent, plus enthousiasmant, jamais à la mesure de nos rêves, toujours différent. Parfois, il fut un désir secret qui attendait une parole pour passer d’une intuition à un choix, une réponse, une vie. Et puis la question secrète retentissant dans l’intime, la parole à deux devint acte engageant tant d’autres… On se rend disponible et l’aventure nous échappe. Un peu comme l’appel du 18 juin, personne ne l’a vraiment entendu, sauf quelques rares, mais cet appel changera la vie de ceux qui ne l’ont pas entendu comme tel, mais se laisseront modeler par lui. Et parfois la vie du prêtre en est là. Modelée par la discrétion d’un appel simplement entendu, cette mise en route modèle sa vie et celle de ceux qui l’entourent, marqués, peu importe leur gré par ces mots échangés, dans un cœur… puis dans un chœur.

Cinq jours après l’ordination, nous étions nombreux, encore, pour ces retrouvailles malheureusement trop courantes. Eglise d’Equeurdreville, aubes et étoles, l’une d’entre elles posée sur un cercueil… Une vie, un prêtre  vient s’allonger à nouveau dans un chœur, butant sur le bois, rassemblant parents, amis, chrétiens, touchés. Le panégyrique n’en finit pas. Mais l’on perçoit sous la litanie des associations soutenues, des œuvres réussies tout une qualité de présence, une vie reliée, de tous les côtés.

De la somme des petites joies et déceptions, il ne reste pas grand chose quand on les regarde d’aussi haut… et les petites touches de Dieu passées par notre ministère pour une part interchangeable, puisque relié à l’unique nécessaire continuent leur chemin dans les cœurs où elles ont été ciselées, par notre intermédiaire maladroit.

Cela fait maintenant six ans que je ne sais quelle case emplir dans mes déclarations. Suis-je éducateur, ministre, cadre, employé, fondateur, DRH, administrateur, distributeur, personnel de service, animateur… puisque la case prêtre n’existe généralement pas pour la société?

artisan peut-être, d’une Œuvre qui me dépasse, dans laquelle chacun prend sa place, sans bien le savoir parfois. Je ne touche la perfection à laquelle j’aspire que par l’action d’un Autre au travers de mes efforts. Je laisse simplement faseyer en claquements plus sonores une brise que ma vie continuera de chercher.

pour mon sixième anniversaire d’ordination, ma sœur et mon beau-frère qui m’avaient déjà gratifiés de chaussons schrek, et d’une église playmo sont revenus à la charge. Ils ont déployé “grandeur humaine” ce qui fut un objet de mon enfance… peut être justement parce que nous faisons toujours cela, donner l’espace de notre vie à une rencontre première.

là ce fut plus prosaïque. J’avais donc, petit, une peluche panthère rose.

hélas!
(elle fait maintenant plus d’un mètre cinquante)

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