ora, labora, etentrelesdeuxquoi

« ora et labora »
et un peu de n’importe quoi.

Aucun doute là-dessus,
(attention, série de clichés inside:)

Une vie de moine, c’est une unité, un must vers la sainteté, un don, une fois pour toute. Il est un peu plus membre du ciel que nous. Et comme il promet obéissance, le reste lui est donné. Il a tout expurgé, jusqu’à la parole, pour se faire une vie de chrétien en trois huit. 

Secrètement, on pense ou on espère que les bonnes sœurs et les curés, ça doit être un peu pareil, ils ont les cheveux qui frisent au soleil du ciel, ou sous les ondées de l’Esprit Saint. Tout donnés, parfaits… Sauf notre curé, ou ce prêtre là, ou la sœur machin, parce qu’on les a « pratiqués » et qu’ils ne collent pas si bien à l’image d’Epinal avec leur fichu caractère. Mais pour les autres sûrement. 

nous, on fait ce qu’on peut, c’est pas glorieux, mais c’est pas mal non plus, parce que voyez vous, la vie étant ce qu’elle est, au quotidien, faudrait voir à pas trop en demander. Les curés, les bonnes sœurs et les moinillons, y connaissent pas la vraie vie dans le monde, avec un boulot, des gosses, des traites à payer, et le chien qui a de l’arthrose, on sait pas bien quoi faire, ça serait dur de le piquer, rapport aux enfants, enfin il souffre quand même pas mal vous voyez… 

Mais le moine, lui, il choisit Dieu une fois pour toute, et tout dans sa vie le rattache à Dieu! des frères, une prière, un travail, une obéissance, un silence qui le conduira, paisible et serein, poète silencieux jusque dans l’attente silencieuse de la tombe où se déploiera la vie éternelle à laquelle il a goûté entre les murs de son couvent.

Je ne sais pas ce que Xavier Beauvois sait de la vie monastique, ou de l’héroïsme supposé des canonisables, ou des martyrs à l’opiniâtre ténacité, mais son dernier film est une entrée dans une humanité qui accueille dans la liberté un cheminement aux côtés de Dieu.

parce qu’un moine, comme un curé, une religieuse, (… un jeune, un époux, une mère, un ado…), ça rame, et l’obéissance ne décérèbre pas, ne relève pas de la réflexion sur l’actualité du oui qui a fait vivre jusqu’à hier, ou sur les conséquences dans les circonstances nouvelles. Et si les conditions semblent plus favoriser une quête de Dieu, il faut aussi habiter chacun des instants qu’on doit vivre, et leur donner leur lien d’éternité.

Des hommes et des dieux semble dans ses premiers instants comme une succession pointilliste d’éléments non reliés. Certes, il y a la prière, mais les rencontres, les colères, les peurs ne peuvent pas toujours y trouver leur place, leur écho. Le montage du film souligne cette étrange juxtaposition temporelle de marché, voiture, prière, colère par un montage sans transition… tout pourrait être coupé, sans lien, si celui qui l’habite ne prête pas attention aux mots, ou ne garde le souci de puiser cette unité.

Les quelques travellings en prennent encore plus de force, tant ils disent un mouvement intérieur dans l’instant, quand le mouvement de la vie se fait dans la juxtaposition violente et inexorable…

D’ailleurs, je ne connais pas assez Xavier Beauvois pour savoir son intelligence de la liturgie, mais les moments de l’office eux-mêmes ne nous sont pas livrés dans leur ordre chronologique. L’eucharistie se reliera au choix de rester, d’ai(d)mer jusqu’au bout, les psaumes ou les silences qui pourraient disparaître dans l’habitude claquent en juste position.

Et ces moines ne sont pas héros. pas comme on les voudrait, palme du martyre en main… mais ça, d’autres en ont parlé mieux que moi (Koz ou Edmond). On peut avoir peur, tout en ayant donné sa vie d’y perdre le sens… Et j’en ai souvent parlé ici,pour tous mes frères aux chemins chaotiques ou cahotiques

On notera aussi la juste humanité (et éprouvante) qui se révèle dans ce quotidien monastique, cette intelligence de l’amour, de la colère, de l’obéissance à un prieur, de la difficulté de discerner, de la liberté dans des conditions peu choisies, de la complexité de la vie en communauté, de l’impossibilité à aider celui qui crie perdu dans la nuit, de l’humour, la recherche, la peur de ces hommes.

ils sont hommes.

ils sont morts parce qu’ils voulaient rester vivants

ils sont restés parce qu’ils ne pouvaient partir en abandonnant leur propre vie construite

et on relira non sans émotion les paroles des hymnes de Rimaud, ou les mots de Frère Christian, formé dans le même séminaire que moi, ce qui n’est pas sans me balancer un gros coup dans la tronche.

Je l’ai dit ailleurs, je n’ai pas prié, ni pleuré. J’ai suivi ces hommes et j’ai compris l’unité qu’ils y posaient, quand justement tout semblait rompre le sens. Il n’y a pas d’héroïsme dans le martyr. On sera même surpris de voir qui survit…

Bref. M’est avis, tout de même, que l’hymne de Noël sera trouvé dans pas mal de communautés!

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