un cœur qui (me) bat

Je connais mal la ville où je suis.

Je la connais mal en prenant toujours les mêmes chemins pour aller d’un point à l’autre, cernant de mes habitudes des ilots d’ignorance floue. C’est ainsi. Au début, on erre en quête d’une boulangerie, puis les repères se posent et l’on saute de l’un en l’autre, sans surprise, efficacement. Il y a tant à découvrir dans la tâche pour ne pas se laisser perdre.

sauf quand inopinément la rupture se fait:

quand il faut aller non pas “à” mais “chez”, quand on ne se satisfait plus de directions, on gratte dans les pâtés de maisons.

ou encore allant à la gare, à pied un jour de grand froid, on évite les espaces découverts, on guette les raccourcis, suppute une allée pour s’éviter une risée. Ce n’est guère pourtant de l’errance, c’est de l’efficacité. et au détour d’un pas pressé, dans le renfoncement d’un bâtiment, sous le auvent hasardeux et sans attrait d’une entrée fermée, on aperçoit un tas de couvertures, pimpant, et quelque part en dessous un homme, dormant, à peine. Il n’est pas là car tout le monde l’ignore. Il n’est pas là car je ne pouvais le voir. Il n’est pas là et pourtant…

Il a déchiré ma certitude de son absence dans mon quotidien. Il est un cœur qui n’a pas encore cessé de battre.

Ma ville va mal et je ne le savais pas,

et je comprends mieux ce pincement, discret, que je ne m’expliquais pas; cette vibration en contrepoint.

qu’il en aille de même dans mon existence me transit.
Qu’ai-je laissé mourir, oublié, au détour de ma vie,
allant au grand pas de mes engagements?

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