privilégié

Les prêtres sont pauvres.

Enfin, pour être exact, nous faisons le choix d’une certaine simplicité, manifestée par un budget limité et un mode de vie sans prétention. Si nous ne sommes pas si pauvres, nous n’avons pas les moyens de mettre de côté. Simplicité, donc. Mais quoique je fasse, quoique je veuille, je fais partie des privilégiés. J’ai une voiture banale mais pas trop vieille que je ne répare pas tout le temps, un logement plus que décent où j’habite seul, un accès à la culture et un background livresque conséquents, je sors, lis, mange équilibré, m’intéresse à l’actu, bosse. Je me permets même de voyager, pour visiter des coopérants. Je mène des projets, rencontre des personnes passionnantes, et ai même parfois l’impression de pouvoir un peu les aider. J’ai un réseau de copains un peu partout.

Bref, je suis un faux pauvre. Vraiment. Et le pire, c’est que ça ne me coûte pas cher. Le ciné vieillot où je vais coûte 6,50 et pas 8,10 comme dans le multiplex, les fruits et légumes à cuisiner, c’est moins cher que le tout prêt, j’emprunte des livres, achète ceux que je veux garder, lis de tout mon saoul blogs et chroniques, et même mon abonnement téléphonique est beaucoup moins cher que l’I-truc, sans parler des 30€ que je laisse à free histoire de vous baratiner.

Il m’arrive de croiser la fine fleur de la société, de notables en personnes brillantes, des érudits, des passionnants, des riches, des philanthropes, ou pas. Même bosser avec eux. Mais nous ne sommes pas des abbés de cour, et je croise tout autant, à pas mal de moments de leur vie, toutes sortes de gens, de la plus grande difficulté à la vie “habituelle”, des middle class, des déstructurés, des pauvres, sans métier, sans avenir, sans espoir. Je les croise dans les joies de leurs engagements, dans les peines de leurs deuils, de leurs messes anniversaires ou dans la continuité de leur vie de foi. Mais si je les côtoie, les rencontre et apprends d’eux, je les croise dans l’exceptionnel de leurs vies, quand je les vois, ils viennent sur mon terrain. Celui de la foi, des choix, des mots. Même quand je vais chez eux c’est pour les côtoyer sur un terrain qui est le mien, beau, mais loin de la routine du quotidien.

Le vrai lieu de mixité sociale, outre le marché du matin, c’est un endroit où je ne suis quasiment jamais le bienvenu, où je suis un oiseau de mauvaise augure, celui qui annonce la mort. On ne demande bien souvent la venue d’un prêtre que quand les malades ont sombré dans le coma. N’empêche, dans les ascenseurs des hôpitaux, tout le monde monte. Pour un frère, une sœur, une mère, grand mère, malade au long court ou en derniers souffles, même pour une naissance. On y naît, on y meurt. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours l’impression de voir des gens que je ne vois jamais ailleurs, ou qui disparaissent de la vue dans le flux des villes, depuis leur fond de campagne ou de quartier, invisibles de pauvreté. Je les croise à l’hôpital sur leur terrain, comme sur le mien. On ne tombe pas plus malade quand on est riche ou pauvre, on meurt tout autant, ou alors si, on y est plus quand on a rien parce qu’on n’a pas les moyens de faire attention à soi. Et là, on se côtoie, à défaut de se voir. Un sourire. Un étage. Une minute. Cinglante.

A vrai dire, tout cela est remonté dimanche dernier. Au ciné. J’avais célébré 4 messes dans le week-end et un baptême. Une messe le samedi soir, deux le dimanche matin, puis un baptême. J’avais fermé les portes d’une sacristie à 13h45 pour en rouvrir à 18h pour la dernière du dimanche soir. Il était 20h et je voulais voir un film de rien, un film sans pensée, qui tape, se laisse voir. Je suis allé voir Unstoppable, au multiplex. Place chère, et à l’heure dite, deux péquins dans la salle. 10 minutes plus tard, nous étions une trentaine devant l’écran. Devant moi, 5 jeunes tapaient dans des boîtes de pop corn en gloussant, derrière, un papa réitérait sans cesse à son fils qu’il avait de la chance d’avoir un papa qui l’aime et le chouchoute comme ça. Un couple se pelotait aussi, derrière. Je vais au ciné en esthète, je suis le genre à rester jusqu’à la fin du générique, bouquiner avant le début, attendre patiemment de goûter le moment. Là, on avait des pubs exaspérantes, et du bruit. Le film était mauvais. Ou plutôt efficace. C’est ce que j’attendais de lui. Ce moment n’a rien ouvert. C’est là aussi une autre pauvreté. Et finalement, ce soir là, j’y ai été plongé dans un monde qui m’échappe. Sans sens. Et je ne les ai pas tant compris.

Ces rencontres, au loin de chez moi, me perdent tout autant qu’eux.

peut-être pour poser la question du vrai précieux.

parce qu’on ne semble pas, apparemment, en se côtoyant, le partager.

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