vous voulez vraiment qu’on disparaisse du débat public ?

C’est marrant. J’avais toujours imaginé que c’était lié à Pâques, tous les ans… mais ça doit être plutôt le début du printemps qui veut ça. La saison du “Pan dans la gueule” “Mange ça” “T’es pas encore parti?” “tu pourrais pas cesser un peu d’exister?”, etc. L’année dernière, le postulat de base était que tous les prêtres étaient des violeurs d’enfant potentiels, voire actifs. Avec une préférence pour les petits garçons. En aube. Dans les sacristies. Parce que voyez vous, le célibat, l’abstinence ne peuvent conduire qu’à une chose : le viol, l’abus sexuel, et si ma chasuble était en bronze, vous entendriez… L’hallali avait été sonné juste avant le retour des cloches, et ce fut un festival de doutes organisés sur le thème “protégeons les enfants”. Tout le monde y allait de son couplet, de son expérience (et là c’est grave, on ne le dira jamais assez : ça reste un drame) ou de son “on dit”, de son opinion et de son fiel. Point de retenue, jusque dans les médias les plus sérieux happés par la vague, au point de faire retentir un “appel à la vérité” signé par plus de 30 000 internautes. Bref, il ne faisait pas bon être curé. On m’avait même interviewé, plus (sur radio France) ou moins bien (ailleurs)…

Ces jours-ci, ce ne sont plus les “curés” qui prennent cher. Ceux là ne font que parasiter les fonds publics pour financer leurs cultes moyenâgeux. Non, le thème est plus ‘positif’, c’est la laïcité. Une laïcité sans dialogue, une laïcité d’opinion, de posture, une laïcité qui exclut par principe de tout débat public celui qui, lobotomisé par les idées religieuses, devrait en être partie prenante, le croyant, seul ou en société. On le soupçonne de manœuvrer, de récupération, de spoliation… On lui dénie tout droit à la parole puisqu’elle le concerne, et vise éventuellement à l’évincer.

Et pour l’instant, ce sont les tribunes et les commentaires qui fleurissent. Le bon droit a ses règles, notamment celle de “tous les coups sont permis”. Agressivité sans borne contre les croyants qui sont décérébrés, pompent le trésor public, lançant des prières démodées vers un ciel vide qui les castre de ce qui fait la vraie vie, la vie d’aujourd’hui. Qu’un croyant ose répondre, il se fait massacrer. Que les responsables des religions prennent la parole publiquement pour ne pas limiter le sujet à une récupération politique, et les boucliers se lèvent contre. Le principe de la laïcité et des relations entre religions et Etat ne doit être débattu et décidé que par des personnes qui ne sont pas croyants, et pas concernés.

alors:

Laissons la question du sens à la société dans son anonymat ; laissons la se donner à elle même les paroles qui la stimulent, laissons aux impôts le soin de toute la solidarité nationale et internationale, laissons les supermarchés nous indiquer ce qui est bon, beau, et vrai, laissons à des holdings anonymes d’actionnaires la morale sociale et politique, laissons Durex nous apprendre à aimer, laissons aux pompes funèbres la facture pour gérer la mort, laissons Fun Radio dire ce qui fait du bien aux ados, laissons au supermarché religieux la joie de dire que tout se vaut, laissons aux médicaments le soin de taire la souffrance, et aux anxiolytiques celui de la camisoler, vendons les églises, virons les curés qui ne sont intéressés que par leurs propres affaires, laissons à Michel Onfray le plaisir de penser à notre place, aux éligibles le devoir de nous caresser dans le sens du poil, aux tentateurs celui de laisser libre cours à nos désirs les plus égoïstes; humiliez le désir de votre grand mère qui voulait mourir en conformité avec ses convictions, ça ne change plus rien, elle n’est plus, pacsez vous pour rompre plus facilement, laissez tomber la conscience, ça fait mal, laissez encore plus tomber le pardon, il est injuste, n’engagez le dialogue qu’avec ceux qui en sont dignes, ceux qui ne croient pas en autre chose que vous.

Mais aussi : interdisez aux chrétiens l’engagement au sein de la société, près des prostituées, des mères seules, des sdf, des pauvres en tous genres, déniez à tous ceux qui ont des convictions d’agir en leur nom.

Et donnez-moi 60€ de l’heure quand je vous reçois, j’accompagne vos enfants dans leurs projets, vous accueille 6 heures pour votre mariage, pour l’enterrement de votre grand mère, payez l’assurance de mon implication, louez le bâtiment à clocher à partir de 1000 €, sans parler de l’orgue, prenez rendez vous, et vous serez facturés,

Obligez moi à me marier, à renoncer à mon obscurantisme, peut-être même à mon altruisme, interdisez moi de prier, de soutenir, de parler. Limitez la question du sens à la sphère individuelle, et vous aurez le plaisir d’entendre plus souvent la réponse de ce collégien à l’un de ses camarades. Il venait de perdre un proche. L’autre lui dit: j’aimerais pouvoir t’aider, et si tu veux, je vais prier pour lui. “Pas besoin, je gère tout seul”.

Bon courage.

et surtout, n’oubliez pas de réduire l’autre à ce que vous savez de lui, ça simplifie le réel. Et si jamais vous devez prendre une décision pour toute la société, ne vous embarrassez pas du dialogue avec les concernés. vous savez mieux qu’eux ce qui est bon.

 

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