Mme E. Duval

Mme E. Duval n’est pas peu fière
Mme E. Duval l’a attendue pendant des années
cette chaise paillée, et son petit médaillon de laiton
pas seulement numéroté, mais gravé à son nom.

Mme E. Duval a rejoint le club, l’élite, le gotha paroissial
celui des dames qui ont leur chaise, LEUR chaise
inamovible, déjà réservée, une place à l’église
C’est déjà une place au paradis.

Certes, Mme E. Duval n’a pas l’envergure de Mme Bourges qui, elle, a deux chaises. Les vipères du coin attribuent la double dotation à l’envergure
du séant de la dame en question.
Elle a simplement arrosé la chaisière.

Mme E. Duval n’est pas peu fière
son couple est gravé dans le métal. elle est Mme E. Duval.
E. lui, n’a pas sa chaise réservée ni aucun homme d’ailleurs.
ils doivent avoir leur ballon gravé au bistrot du coin…
enfin, il a déjà son initiale c’est déjà un début.

Si le couple de madame Duval est promis à l’éternité
il y en a une autre pour laquelle le sort est plié
parce qu’à l’église, c’est définitivement inscrit
”Mme Vve Y. LAIGNEL”.
Y peut reposer tranquille, Mme Vve Y. ne va pas se recaser.

Outre les chaises de dames, il n’y a que le presbytère
qui ait ses chaises réservées. L’élite quoi.

Qu’ils viennent les nouveaux, les horsains, les aléatoires, les chrétiens à roulette, qui viennent en berceau, voiture de mariés, corbillard, ils sauront qu’il y a à Saint Amand des vrais chrétiens, des chrétiens qui ont leur chaise. Des chrétiennes, même plutôt.

S’ils veulent en être, va falloir
cracher au bassinet, prendre sur ses deniers
et généreusement donner
au pauvre, au denier, à la quête
du temps pour le caté, des sous pour les fleurs,
et à la chaisière, petit boulot, sans nom…

et surtout passer par le confessionnal
bois rude sous les genoux
et devant les yeux, dans l’obscurité
sur son papier blanc punaisé, la tête du Christ,
et ses quelques mots bien raides.

c’est pas qu’ça aide pas à se confesser
c’est juste que ça chatouille la conscience.

Le dernier à avoir eu le droit à son nom
sur métal, bien en vue, a sa place lui aussi
réservée. Au vu et au su de tous,
et probablement sur les deniers de la commune

cette place là, t’as pas intérêt à la piquer.
enfin, il n’est pas appelé à rester !

on a beau avoir envie d’en sourire,
mais ces noms fidèles laissant leur marque sur les chaises de l’église, sont un petit signe que l’Eglise est avant tout habitée de chrétiens fidèles, du quotidien, de la réponse, de ces chrétiens qui chaque jour répondent à l’appel, certes, à “leur” place, mais une place qu’ils acceptent d’habiter.

dans une communauté, c’est bon de savoir qu’on peut “compter” sur.

le numéro de Mme E. Duval, c’est le 162.

pour un bon moment.

et par extraordinaire, Mme E. Duval a croisé sans le voir Gérard F. fidèle d’en face, là où on refait le monde. Edmond Prochain a eu l’extrême délicatesse de raconter l’histoire de celui qu’elle ne connaît pas, et qui n’est pas moins local, installé, en recherche. Cliquez pour lire ça chez Edmond: http://edmondprochain.wordpress.com/2011/06/19/gerard-f-ne-connait-pas-mme-e-duval/ 

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