Bref

Les gens snobs, comme moi , n’ont pas la télé parce qu’à la télé, ils passent n’importe quoi. Le journal d’infos est insupportable pour peu qu’on s’en soit désintoxiqué, et les jeux et autres émissions s’y révèlent souvent sordides. On n’y exalte pas grand chose de passionnant, pub comprise. Mais les gens snobs comme moi n’en regardent pas moins, bien souvent, des films, des fils, des infos, des séries via leur Box Internet, où ils peuvent choisir de perdre du temps en regardant des chefs d’œuvre… comme, bien plus souvent, des navets (mais choisis). Et si une téléréalité s’avère encore plus navrante que d’habitude, tel ou tel réseau social saura s’en faire écho… il serait dommage que la daube reste cantonnée. Les encore plus snobs oublisent des livres, c’est-à-dire les dévorent tout en les oubliant au fur et à mesure de leur lecture. J’en suis parfois.

N’ayant pas la télé, et n’étant pas propriétaire, je peux raccrocher super vite quand je me fais piéger par un télévendeur insipide, et peux me permettre d’ignorer royalement les changements de grilles de rentrée des chaînes plus ou moins généralistes. Il y a peu, j’ignorai encore le palmashow, ce qui est plus une faute professionnelle qu’une faute de goût pour un aumônier. Mais bon, en 10 jours, à la rentrée, j’ai vu fleurir un franc succès pour une nouvelle série courte de Canal plus, approchant du million de fan sur facebook. Bref.

Format court comme ceux dans lesquels Canal+ a depuis longtemps excellé, avec un humour grinçant, irrévérencieux, mais un ton qu’on sait souvent repérer. Après tout, j’ai été fan des deschiens, ai vu les Nuls, et apprécié certains épisodes de Groland tout comme je connaissais les paroles de “Reviens JPP reviens, parce que la France elle a besoin de toi”.

Là encore, dans Bref., il y a un ton, et une écriture, une voix off, celle qu’on a dans sa tête, celle des plans qu’on se fait, des jugements qu’on omet, des lâchetés qu’on tait, et un montage vraiment original et sympa… plans courts, plans longs, et un rythme très parlé.

Le personnage central et principal est un trentenaire lambda, sans sans, sans femme ni boulot ni projet, ni … clairement définis… un mec qui gère sa vie à la petite semaine. Les chroniques sont croquées avec cette compromission des vies un peu molles, et il y a beaucoup de “bien vu” dans tout ça. C’est souvent drôle, pour peu qu’on ne s’offusque pas trop des quelques turpitudes sexuelles ici très décomplexées. Bref, j’ai regardé tous les épisodes sur Facebook. Et j’ai souri.

Au bout de ces quelques semaines, il me reste tout de même un petit truc bizarre dans le fond de la gorge… un truc qui m’arrive bien souvent quand je tombe sur un des programmes du grand journal de canal, au rire millimétré, à l’audace calibrée, au cynisme amusant, à la répartie bien vannée. Un soupçon de nulle part (ailleurs)

Je ne suis pas tant choqué par la récurrence des allusions sexuelles à ses “plans cul/ masturbation” mais plus fatigué, étrillé par le désengagement, le lymphatisme récurrent, l’absence de perspective. Tout dans la vie du gars, les relations, les projets se gère à la petite semaine, sans envergure, ni désir de fonder. C’est “cool”, “amusant”, “bien trouvé”, “plaisant”, “orgasmique” mais rien ne peut y durer.

Si le succès provient de la capacité des contemporains à se reconnaître dans le personnage, voire parce que c’est une chronique cinglante d’un monde fatigué, alors cette série, que j’aime bien, me fait un peu peur. Peur parce que je pressens mieux pourquoi beaucoup de couples se fatiguent, rompent, cessent d’y croire, ou d’envisager de fonder pour longtemps. Et des enfants, lassent-ils autant, trouveront-ils la permanence de leur identité dans une volonté aussi fatiguée et changeante? Personne ne dit plus qu’on construit, que ces couples existent, heureux, qu’un projet peut vous travailler et vous emmener plus loin, si loin. On dit juste que c’est la crise et que ça va (peut-être) passer.

Le rythme de la série est donné par une voix, intérieure et qui ne dialogue pas, voire qui ment ou se ment. Et elle est seule mesure et censure, vite désactivée.

Dans le dernier épisode, le héros assiste médusé à un mariage qui se transforme en supercherie dès la première soirée, mariage qu’il ranime provisoirement sans espoir de rémission. Des amis, des jeunes qui rament, j’en connais. J’ose croire avec eux, je l’espère, qu’ils cherchent à bâtir quelque chose qui va plus loin, plus profondément. ça doit être possible. Mais nous avons une responsabilité de faire entendre un autre son, celui d’une profondeur et d’un engagement. En tout cas, n’en déplaise à Canalplus, on va se bouger pour construire un monde différent, dans lequel on puisse croire.

Bref, j’ai regardé une série, et pensé à mes amis.

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