Billet de fiotte

samedi 8h20, je n’ai pas de rendez-vous ce matin
samedi 8h20, je me laisse émerger sous la couette, une bonne heure plus tard que d’habitude
samedi 8h20, le radio réveil chuchote les infos de France Inter qui glissent sur les draps.

samedi 8h20, Fabrice Drouelle commence l’interview de Barbara Loyer, Professeur à l’Institut Français de Géopolitique de l’Université Paris 8, spécialiste de la géopolitique de l’Espagne, faisant mentir la triste manie qui veut ne prendre des experts que masculins

samedi 8h20, Fabrice Drouelle salue le courage du Professeur Loyer, qui vient d’apprendre un drame personnel, mais qui est là quand même, lui donnant la possibilité d’“arrêter” si elle le doit, si elle est dépassée… mais le professeur Loyer, à la voix déstabilisée, répond, parle de l’Espagne, des enjeux politiques des législatives, du bilan catastrophique des partis en place, du changement annoncé. Elle parle, elle tient. On sent le propos sur le fil, mais elle est là. Combien auraient décliné… Elle parle.

samedi 8h20, Barbara Loyer parle de ce candidat terne et peu charismatique qui émerge, là-bas. Il est terne parce qu’il a survécu à un accident mortel, parce qu’il en a appris qu’une défaite politique, ce n’est pas grand chose finalement, parce que lui, homme politique, n’est pas vaniteux… de et de par sa vie sauvée. Et ce portrait par une voix striée d’ un “drame personnel” remet toute l’info, toute la vie politique, toutes les grandes idées dans une juste mesure. Mise en abymes…

samedi 8h23, Fabrice Drouelle interrompt rapidement l’interview. C’est aussi bien. Le message, le messager, et la justesse sont passés.

samedi 8h24, je trouve une surprenante cohérence à ces derniers jours. Hier soir, 20h30, bien calé dans le canapé à côté du vidéoprojecteur, je regardais pour la première fois en version DVD “qui a envie d’être aimé”, le film inspiré de la vie de Thierry Bizot, où l’Evangile, la Parole vient saisir et approfondir une vie morne d’avocat, la transformant sans heurt, mais l’ouvrant à un amour qui donne des coups, qui interroge la relation aux proches, l’épouse, le frère, le fils. D’une vie qui file à une vie qui expose, et se laisse exposer à l’amour. J’avais boudé le film parce que les critiques n’étaient pas si bonnes, je l’ai regardé parce que mardi, et samedi dernier, j’ai entendu le témoignage filmé du vrai Bizot, converti, qui me renvoie sur la joie et la nécessité de témoigner. Après avoir écouté le témoignage, j’ai aimé le film et sa pudeur.

vendredi, 17h56, je cours comme un dératé sur les quais. J’aurais pu ne pas courir si j’avais mieux anticipé, mais comme toujours… Bref. Je suis tout de même à l’heure pour voir, comme tout le monde, “intouchables” à l’humour bien senti, aux réparties décomplexées, à l’amitié inventive. Je comprends qu’on aime ce film, je comprends qu’on se sente souvent pas assez bien pour être aimé, qu’on circonvolutionne, qu’on se défile… Je ressors ému du film. J’ai bien fait d’aller le voir.

jeudi, 20h30, je cours comme un dératé dans la rue de la paix, j’aurais pu ne pas courir… Bref. Ce soir, c’est conférence, au premier rang parce que la salle est remplie. Au micro, Anne Dauphine Julliand que je n’ai jamais lue… mais que je veux écouter. Carnet en main, appareil photo sur le siège à côté, téléphone portable pour faire autre chose au besoin. J’entends cette voix sans prétention ni précaution, qui rappelle que toute vie, même de trois ans et demi vaut le coup d’être vécue, et aimée, que sa qualité est là, que même brève, malmenée, en voie de mourir, entre sourire et souffrir, avec toutes les questions, les difficultés… elle vaut le coup d’être aimée. Elle redit que le malheur isole, elle rappelle l’audace, même s’il faut ensuite s’excuser, qu’Arthur, que Loïc, que Thaïs, qu’un mystère s’est révélé, imprévisible, insupportable, inéluctable. Indispensable.

et mercredi, c’était Thérèse, une femme amoureuse jusqu’à la mort, jusque dans la vie, avec tout le sérieux de ces trois mots.

Bref, j’ai la vie qui file, et je ne suis pas sûr de toujours aimer ça; j’ai la vie qui file, et je ne voudrais pas que mon “état de vie”, qu’il soit célibataire pour moi, marié pour d’autre, ne me garde de l’aventure, la seule, qui dit la profondeur de chaque instant. Même si parfois, cette “révélation” ne se fit pas sans émotion. Je suis une fiotte, mais j’assume.

qui a envie
qui a souffert
qui sait le prix
qui peut se passer
qui peut mourir
d’être aimé ?

Publicités

Les commentaires sont fermés.

WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :