un*

Je suis resté bloqué un bon moment, un long moment même. J’avais cette flamme dans les yeux, et la tête ailleurs, quelque part dans l’univers des images circonscrites par les lectures. J’avais pourtant papillonné tout le carême, pas complètement à ce que je faisais. J’avais dû plonger directement dans la semaine sainte, trop peu préparé pour en attendre quelque chose, mais tendu par chaque instant. Juste là. A vide, même de désir.

J’avais assisté à la Cène. J’avais vibré de la sobre esthétique du vendredi, entre Satie et Pergolèse, et le silence était entré de force en moi, par sensibilité. La belle vibration avait désactivé les habitudes et le professionnalisme de celui qui a préparé et qui doit mener. Des notes ineffables pour me courber au pied d’une croix.

et puis en cette nuit, une simple flamme qui lèche la mèche d’un cierge démesuré. Les croisées d’ogives avaient été furtivement nimbées d’une lueur légère quand chacun, quelques mètres plus bas, avait allumé son propre cierge au cierge pascal. Mais on avait soufflé les bougies. Il n’en restait qu’une. L’exultet avait cessé de faire vibrer les piliers. Une simple flamme.

La Genèse, dans l’obscurité, donne des envies de lumignons, de voûte à consteller, d’espace à habiter. On se croirait en pleine littérature, les mots construisent un univers, la Parole dessine le mien. Et sous les yeux, toujours une seule flamme apaisée, imperturbée. Puis dans les eaux une première traversée, puis la tendresse d’Isaïe… toujours entre ombres et lumières, nuée ambiguë, sombre et lumineuse.

Les mots continuent d’étendre l’espace de la rencontre, et je me rassemble à l’intérieur, tout en me sentant membre de ce corps à l’écoute. Du dedans, la présence du Christ, sa résurrection impriment leur évidence, leur actualité et leur acuité m’apaisent. Je sais que cette évidence ne le sera pour personne sauf pour moi, mais cette vérité que le monde dédaigne et humilie me semble d’une douce pertinence. J’ai encore plus envie de vivre, là, dans cette zone de frontière entre justesse cohérente de l’intérieur et justice bienveillante du quotidien. Dans cette lumière unique, quelques traces et reflets de transfiguration.

Le reste est du même allant, les cloches, les fastes des orgues, les volutes des Alléluias, les fragrances du saint chrême qui oint les fronts des cinq jeunes baptisés du matin, le sourire qui se déploie sur eux, la finesse du chant de la chorale.

A Pâques, je suis homme unifié.

*deux lettres, deux dimensions, en symétrie centrale, rondes et réceptacles à la foi(s) pour que l’homme, par le Christ, se découvre être « un » de plus en plus, lui aussi.

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