rien que de l’eau

Rappelle-toi[1] ,

C’était l’été, tu avais 7 ans, c’était l’heure du goûter, il faisait chaud, il faisait beau, et l’air avait de grosses grosses velléités de moiteur. Tu transpirais dans ton ticheurte orange, espérant un souffle d’air, et tu gisais, alangui par tant de chaleur. Et puis tout à coup, un grondement sourd, et sur le toit en plexy tintèrent les premières gouttes d’un orage faramineux.

Comme ta mère était dans la cuisine, en douce, tu as filé dans la rue/le jardin, et ton front a été éclaboussé par la première goutte. Le visage inondé, tu as  commencé à danser sous la pluie, trempé jusqu’à l’os par chaque goutte grosse “comme une pièce de 5 francs” (c’était une grosse pièce, à l’époque). C’est là que tu as eu l’idée de ta vie : ouvrir grand la bouche, tirer la langue au ciel, et boire la pluie ! C’était grand, c’était drôle, c’était bon, et tu riais à pleines dents.

3 minutes plus tard, ta mère débarquait, te chopait par la manche alors que tu commençais à sauter, pieds joints, dans les flaques, et te ramenait à l’intérieur pour t’ébouriffer la tignasse avec une serviette éponge en te houspillant “nan mais c’est pas possible, qu’est ce qui a bien pu me coller des gamins avec des idées pareilles, hein? Et la foudre, t’y as pensé à la foudre?” et elle profita pour te curer les pavillons des oreilles à la serviette éponge.

savon mis à part, ce fut le plus beau jour de ta vie. (enfin, un des chouettes, hein.)

Cette eau fut la meilleure que tu aies bue: gratuite, délicieuse, et tombant toute seule du ciel au moment opportun: PAR- FAITE !

A dire vrai, l’expérience ne fut pas sans limite.

Deux mois plus tard, tu as recommencé l’expérience. 8°C, automne, cartable, pluie battante, chaussettes trempées. Finalement, ce ne fut pas si drôle que la première fois de boire la pluie, surtout qu’il a plu toute la journée. #grippe, #angine #médicamentsdégueu.

L’été d’après, sur le chemin de la soif où tu randonnais en plein soleil avec tes parents, sur le coup de 15h, en gémissant “quand est-ce qu’on arrive, j’en ai marre, mais euh, j’ai un caillou dans ma chaussure, tu me pooortes papa?”, balade où tu eus chaud, il ne plut pas. Et c’était bien dommage.

L’été d’encore après, tu marchais en montagne et tu avais soif. Il y avait cette source qui suintait goutte à goutte. Au bout de quatre minutes, les genoux dans la mousse poisseuse, tu n’avais toujours pas moins soif. Les gouttes, ça hydrate tout de même peu.

La vraie bonne eau que tu aies jamais bue, c’est celle qui était en profondeur d’un désert où tu puisas, tel un petit prince à la poulie chantante. Il fait chaud et tu as soif, et il faut que tu désensables, que tu creuses, que tu hisses le seau, et tu jubiles de découvrir que dans les lieux les plus secs, l’eau sourdait, secrète, en deçà de ton ressenti premier. Et cette eau là t’a vraiment désaltéré. Parce que tu l’as cherchée, parce que tu avais soif, parce qu’elle vint dans le craquelé de ta vie. Pile, là!

Alors, quand tu grognes que l’homélie ne te donne pas le gouzi gouzi d’expérience divine que tu attendais, c’est comme regretter la pluie de ton enfance. Beau souvenir qui, adulte, ne te déshydraterait pas vraiment, et te tremperait, froidement, les vêtements. Si la Parole est un don, consens à ce que Dieu te conduise au désert pour te donner la joie de découvrir la source qui était là, qui ne te tombera pas du ciel, imprévisible, mais que tu pourras retrouver plus souvent. Aimer son désert aride rural pour la source qui le travaille en profondeur. Aimer cette source, car elle est toujours  là quand on en a besoin. Pour peu qu’on se donne la peine de puiser.

Notes :

[1] à défaut, imagine que tu t’en souviens, sur la base d’une photo, ou du poster qui trône dans la salle à manger de ta sœur.

(billet écrit suite à un commentaire chez moi, et en écho aux délicieux billets de ce vieux schnock moralisateur d’@EdmondProchain)

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