la Bible essoufflée

Il n’est pas rare, quand je dois Saint-Lazarer (attendre longtemps – trois jours en moyenne – que la SNCF fasse quelque chose pour moi), que je fnacque à proximité quelques dizaines de minute. J’erre, louchant sans envie sur les objectifs photo monstrueux, sur la macboukisation du rayon informatique et ses fameuses promos à 2400 euros, ou glissant un sourcil désabusé sur les meilleures ventes poche et bédés. Je vais systématiquement explorer les nouveautés du 9e art et jeter un œil sur le rayon ésotérisme et religions. Je n’y trouve jamais rien de bien, mais ça donne une idée assez claire de ce qui sort de pas terrible[1] .

Cette fois-ci, ce fut un minuscule opuscule pochocompatible qui agrippa (et héroda) mon regard : Les Plus Belles Paroles de la Bible, aux éditions First, dûment sélectionnées et retraduites par Eric Denimal, pasteur de son état et auteur de la Bible pour les nuls. Pour moins de trois euros, vous avez en poche le nec plus mieux de la Parole Divine, classé par thèmes[2] , version first éditions.

Vous l’avez peut être deviné (la collection s’appelle “le petit livre de Culture générale”), c’est un petit live-coach biblique, avec plein de sentences pleines de bon sens gentillet… ne manquent plus que les gifs animés de cœurs, de colombes et d’étoiles pour l’agrémenter. Rassurez-vous, il n’est pas question d’amour de l’ennemi, de feu sur la terre, d’égyptiens terrassés emmerdés, et Jésus ne parle que d’amour et des petits kawai.[3On avait pioché jusqu’alors dans les philosophies exotiques orientales de quoi équilibrer sa vie, et on découvre là que la Bible aurait quelque chose à dire à l’homme d’aujourd’hui. Enfin, pas vraiment à dire, mais un fatras de jolies-citations à étaler dans lesquelles on pourra puiser abondamment des aphorismes qui illustrent joliment nos choix options de vie bien-être.

J’ai embarqué le machin, sans le voler (le vol, c’est pas bien), et l’ai parcouru avec abnégation. J’imagine qu’il y a deux manières de le recevoir: les yeux embués d’émotion devant tant de vérité humaine, mâtinés de “oooh oui, je vais faire ça” ou atterré devant la vertigineuse ascension d’une telle perfection humaine. J’ai été profondément déçu, pour ma part. Il manquait… TOUT, ou plus exactement l’essentiel. On y parle de Dieu qui aime l’homme, de l’homme qui est bon, de comment être bon, de … Mais Dieu n’y parle pas.

Ma Bible n’est pas un recueil de sentences gentillettes, elle est révélation de Dieu pour l’homme, révélation de sa Parole faite homme, révélation d’un Fils qui se fait don, jusque dans la pauvreté de nos humanités. Ce n’est que parce que je découvre cette initiative de Dieu pour l’humanité et pour moi, sa miséricorde, son appel, la révélation de l’humanité libérée en profondeur, le souffle de l’Esprit que je m’engage sur ce chemin de don. Pas parce que c’est gentil.

Alors, first éditions, ton digest Bible Kawai à 3 euros, tu peux le remballer, il ne me parle pas. Or c’était justement tout l’intérêt[4] .

Notes :

[1] sorties en « office » mises à part

[2] pour quatre centimes de moins, tu peux avoir aussi le Digest version Taizé du Nouveau Testament… mais les choix de Taizé sont exactement motivés par une cohérence opposée à celle de First Editions.

[3] impossible d’aborder l’amour des ennemis, ou la vie donnée pour celui qui te hait, c’est pas humain.

[4] “acclamons la Parole de Dieu, Louange à toi Seigneur Jésus” et pas “oooh comme c’est mignon”.

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